Exemplarité

Minitransat : l’odyssée d’Élodie

Nous avions rencontré Élodie Pedron il y a quelques mois, alors qu’elle se préparait pour la mini-transat. Objectif : traverser l’Atlantique sur un bateau de 6,50 m avec pour seul lien avec la terre les infos météo sommaires envoyées par le PC course.

« Dès le départ de la Rochelle, le temps nous a mis dans le bain : on ne voyait pas à 50 mètres », explique Élodie. Cap sur les Canaries, 3000 km plus au sud. Les conditions sont musclées. À peine passée la pointe Nord-Ouest de l’Espagne, Élodie doit monter réparer le mât, à 10 mètres de hauteur, avec une houle qui secoue le bateau. Elle dort par tranches de 20 mn, mais le vent est soutenu. La navigatrice ne lâche pas la barre, au détriment de son sommeil. La sanction est immédiate : « J’ai eu des hallucinations. Je croyais qu’il y avait du monde sur le pont du bateau. J’ai crié pour les appeler. J’ai perdu totalement mes esprits… » Heureusement, Élodie comprend qu’elle flirte avec la ligne rouge. Elle récupère et se remet dans la course. « On avançait à plus de 30 km/h. Sur un bateau de 6,50 mètres, c’est rapide ! Ça a été de belles sensations ». Arrivés en pleine bourre à Gibraltar, les concurrents tombent sur le cauchemar des marins : la « pétole » : pas un souffle d’air. « Ce sont des conditions encore plus dures pour les nerfs que la « baston ». On est sur le qui-vive, à l’affût de la moindre brise à attraper. C’est usant ». Mais la terre n’est pas loin et après 11 jours et 13h de mer, Élodie arrive aux Canaries.

À 100 km du Cap-Vert, première casse

Après 15 jours de repos, nouveau départ, direction la Martinique.  « Je me suis retrouvée dans le groupe de tête des bateaux de ma catégorie, j’étais super bien installée dans le rythme ». Mais à
100 km du Cap-Vert, première casse. « J’étais dans ma bannette et j’ai entendu un énorme « bang » ». À peine le temps de sortir, le bateau se couche. « Je me suis précipitée sur la barre et c’est là que j’ai vu que l’un des deux safrans, –une pièce indispensable à la navigation- ne répondait plus ». Cassure d’usure, il faut remplacer la pièce. « Le vent soufflait, la mer était formée, ça a été le premier gros coup dur ». Élodie réussit à réparer en une nuit, mais elle n’a pas dormi depuis des heures. Ses hallucinations reviennent. À peine le temps de récupérer et 3 jours plus tard, la même pièce casse sur le deuxième safran. « Ça a été un cauchemar : j’ai passé 40h à réparer le deuxième safran, en pleine mer ». Mais Élodie reprend le rythme et le plaisir de naviguer : « ensuite, ça n’a été que du bonheur pendant 8 jours ».

Et puis le jour J arrive : les côtes de la Martinique sont en vue. « C’est magique, un moment incroyable. On est dans un état second. Les bateaux de l’organisation se sont approchés et j’ai entendu une voix familière me faire : « coucou ! ». C’était mon père, qui m’avait fait la surprise de venir m’accueillir à l’arrivée. C’était génial ! »

 

 

Élodie met les voiles, une Orvaltaise dans la mini-transat

Le 1er octobre prochain, Élodie Pedron regardera une dernière fois la tour du port de la Rochelle s’éloigner avant de se lancer dans la plus grande aventure de sa vie : la traversée de l’atlantique en solitaire, sans assistance et sans communication, sur un voilier de 6,50m. A peine plus grand qu’une camionnette…

Pendant 30 jours Élodie va vivre au rythme de l’océan : « la Mini-Transat, c’est une course à l’ancienne, sourit la navigatrice, on n’a aucun moyen de communication autre que la VHF qui ne capte plus au-delà de 40 Km». Pas d’Internet ni de téléphone satellite. Le GPS ne donne que deux informations : la latitude et la longitude de la position du bateau et les prévisions météo sont transmises par le PC course vie la radio BLU. Charge aux navigateurs d’en déduire leur position sur la carte et le cap à choisir. La cuisine se limite « à un réchaud qui pendouille dans l’habitacle pour réchauffer des aliments lyophilisés, et la salle de bain à un seau. Elodie ne peut pas tenir debout dans la cabine. « Je m’attends aussi à être trempée en permanence : on n’a pas les moyens de faire sécher les vêtements, c’est psychologiquement difficile ».

« Dans des creux de plusieurs mètres mon petit bateau de 6,50m va être bringuebalé »

Mais physiquement aussi, Elodie va souffrir : « dans des creux de plusieurs mètres mon petit bateau de 6,50m va être bringuebalé dans tous les sens et je n’ai pas de couchette, juste une banquette pour me reposer ». De toute façon, Elodie ne dormira jamais plus de 20 minutes sans se réveiller. Question de sécurité : « on n’est jamais à l’abri de croiser un cargo ou de s’échouer si on est près des côtes », explique-t-elle.
Alors maso, Elodie ? « Non, mais la course en solo permet de se connaître, d’aller chercher ses limites. Seule à bord, on se retrouve face à soi-même. Et puis toutes les émotions sont plus fortes en solitaire, que ce soit dans les bons ou les mauvais moments. De toute façon, ce que je vais chercher, c’est l’aventure. »
Depuis qu’elle sait qu’elle va faire la Mini-Transat 2017, la navigatrice passe son temps libre sur l’eau, à s’entrainer et à régler les moindres détails techniques de son bateau. Quatre sponsors l’ont déjà rejointe :   Atlanbio, son employeur, et trois autres acteurs du domaine des biotechnologies : Ozyme, Evosciences et Shimadzu. Son budget n’est pas encore bouclé, mais Élodie est optimiste en attendant de nouveaux mécènes qui l’aideront à réaliser son rêve.

Retrouvez Élodie et son bateau sur :

https://www.youtube.com/watch?v=Pe5rVeQxGrM&feature=youtu.be et

https://www.youtube.com/watch?v=ZHGu7BQlpsU

 

 

 

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Une réponse à “Minitransat : l’odyssée d’Élodie”

  1. Dom dit :

    Traverser l’atlantique sur une coque de noix de 6,50m…chapeau !

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